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Stratégie & Investissement

Regard sur l’industrie pharmaceutique américaine

Au cours d’une récente conférence, les patrons de Sanofi et de GSK ont prévenu que le vainqueur de l’élection présidentielle importait peu : la voie est déjà toute tracée pour l’industrie pharmaceutique, qui sera soumise à davantage de contrôles tarifaires. Les États-Unis, qui dépensent près de 310 milliards USD en médicaments sur ordonnance, représentent plus de 40% du marché mondial et offrent des bénéfices bien plus élevés.

D’après certains observateurs critiques, les États-Unis subventionnent l’Europe, qui fixe des plafonnements tarifaires à travers ses systèmes de santé à payeur unique. En Allemagne, les prix des médicaments sont extrêmement bas. Roche estime qu’il existe en moyenne une différence de prix d’environ 30% entre ses lancements de produits aux États-Unis et en Europe. Les États-Unis ont accès aux nouveaux médicaments environ 12 mois avant l’Europe. Mais le tableau d’ensemble est plus complexe. Bien que les prix référencés aux États-Unis correspondent au double voire au triple du prix pour le même médicament en Europe, les sociétés reçoivent rarement ce prix de gros.

Depuis quelques années, elles sont contraintes d’offrir des remises de plus en plus importantes. Lorsque Mylan a été épinglée pour la hausse vertigineuse de près de 500% du prix de l’EpiPen depuis son acquisition en 2007, son PDG a montré du doigt les « pharmacy benefit managers » (PBM), des gestionnaires de soins pharmaco-thérapeutiques chargés de gérer pour le compte des entreprises et des assurances privées les dépenses de santé de leurs bénéficiaires, mais également de négocier les prix des médicaments avec les fabricants. Le prix de référence de deux produits EpiPen était de 608 USD, alors que celui demandé par Mylan n’était que de 274 USD. Les remises de 50% ou plus sont monnaie courante.

Après une période de consolidation, les PBM ont acquis un pouvoir considérable. Les trois leaders (Express Scripts, CVS et UnitedHealthcare) détiennent chacun une part de marché d’environ 25%. Dans les domaines thérapeutiques où la concurrence est acharnée, notamment la réduction du cholestérol, les maladies respiratoires et le diabète, l’exclusion de la liste des médicaments remboursés est un levier formidable qui permet aux PBM d’exercer une influence considérable. Lantus, l’insuline phare de Sanofi a été exclue des listes de CVS et de United, qui lui ont préféré le Basaglar, la version biosimilaire du Lantus d’Eli Lilly. Suite à ces exclusions, Novo Nordisk a réduit de moitié le taux de croissance de son résultat d’exploitation à long terme à 5%, et l’action de l’entreprise pharmaceutique danoise est tombée en chute libre.

Les PBM ralentissent également les lancements de produits, en imposant plus de formalités, en particulier pour les maladies non symptomatiques (Entresto et Praluent). Lorsque les symptômes sont évidents, les patients et les médecins peuvent être plus motivés (réussite du lancement du Cosentyx pour le traitement du psoriasis).

Le risque le plus important pour le secteur est sans doute l’introduction de la réimportation de médicaments. Sa probabilité reste néanmoins faible, car elle pénaliserait gravement le secteur américain. La Proposition 61 en Californie faisait également planer une autre menace, en autorisant les agences publiques à ne payer que les prix les plus bas disponibles. Heureusement, cette proposition a été rejetée. La pénétration des biosimilaires est en revanche une menace bien réelle. Roche et Abb Vie sont les plus exposées. La pression est la plus importante en Europe, où les biosimilaires ont été introduits en premier. Elle devrait s’intensifier, une fois que plusieurs biosimilaires pour la même molécule de référence seront sur le marché.

La hausse nette moyenne du prix des médicaments en Europe s’élevait à 2,8% en 2015. Cette tendance devrait se pérenniser, malgré des différences importantes selon les catégories thérapeutiques. Les produits doivent être uniques, différenciés et cibler des populations de patients spécifiques. Un produit réellement innovant entraîne toujours une surcote de tarification, comme le prouvent les nouveaux médicaments en matière d’immuno-oncologie.

Il est peu probable que la situation évolue de manière significative sous l’administration Trump. Il est vrai que la baisse du taux d’imposition sur le rapatriement des bénéfices réalisés à l’étranger pourrait avantager Pfizer et d’autres géants. Toutefois, elle ne devrait pas modifier la dynamique du secteur. Les acquisitions potentiellement favorables sont rares et de plus en plus chères. Pfizer a aisément coiffé au poteau ses concurrents en déboursant 14 milliards USD pour l’acquisition de Medivation ; une somme qui peut paraître considérable, mais pas pour une société avec des réserves de trésorerie aussi abondantes que Pfizer. L’inconvénient est que Pfizer fait grimper le prix de ses acquisitions potentielles, et de ce fait, il lui est plus difficile de couvrir son coût du capital.

Notre sélection de titres, qui porte sur deux figures majeures de l’industrie pharmaceutique américaine -Pfizer et Merck- tient compte de cette dynamique de marché.

Auteur
Danny Van Quaethem

Expert Actions

Données & recommandations au 21 novembre 2016

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