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Stratégie & Investissement

L’industrie chimique européenne : vers un cycle de croissance des bénéfices ?

La fabrication de produits chimiques peut servir d’indicateur pour la production industrielle mondiale, qui s’avère fortement corrélée à la croissance économique. Ainsi, les actions du secteur de la chimie sont très sensibles aux changements des prévisions de croissance. L’essoufflement de l’économie mondiale est le principal risque pesant sur le secteur de la chimie, tandis que la Chine apparaît comme son principal moteur. Jusqu’à présent, tous les signaux sont orientés dans la direction inverse.

En effet, depuis le troisième trimestre 2016, les perspectives du secteur sont au beau fixe. Les prévisions de bénéfices s’améliorent compte tenu de l’accroissement des volumes, notamment dans le secteur de l’automobile, et des conditions de marché plus favorables en Chine. Après une année de stagnation (+0,0%), le Conseil européen de l’industrie chimique (Cefic) prévoit une légère hausse de la fabrication de produits chimiques au sein de l’Union européenne en 2017, à hauteur de 0,5% environ.

Hormis la croissance du volume, l’innovation et la domination par les coûts figurent parmi les principaux facteurs de rentabilité. Les prix dépendent de facteurs externes (la croissance économique), du coût des matières premières (notamment les cours pétroliers pour les produits pétrochimiques), et surtout, de l'équilibre entre l’offre et la demande. Par conséquent, la maitrise des dépenses d’investissement joue un rôle central pour éviter la surabondance de l’offre. Cet aspect fait historiquement défaut à la Chine, qui représente 40% du marché mondial de la chimie. Néanmoins, les changements politiques intervenus dans le pays permettent d’augmenter les capacités de production de manière plus rationnelle et de définir des normes environnementales plus fermes. Cette évolution est un point fort pour le secteur, notamment pour BASF, qui exploite un site de grande envergure à Nanjing. La production est exclusivement orientée vers le marché chinois.

Dans l’ensemble, le secteur se porte bien : la réduction des coûts, l’amélioration de l’équilibre offre/demande et les opérations de consolidation soutiennent les bénéfices. Arkema illustre la transition réussie de nombreuses entreprises qui s’orientent vers plus de valeur ajoutée, une efficacité renforcée, une moindre intensité capitalistique et une meilleure rentabilité du capital investi.

Des opérations de consolidation ont été réalisées en vue de transformer les portefeuilles. La majorité des entreprises évitent les acquisitions de grande envergure et privilégient les mariages garantissant un meilleur accès à la technologie ou au marché. Les mégafusions concernent uniquement deux sous-secteurs - l’agrochimie et les gaz industriels -, où la croissance insuffisante nécessite des transactions plus importantes. Le résultat de trois acquisitions géantes dans le secteur agrochimique (Syngenta, Dupont et Monsanto) dépendra de la décision de l’autorité de la concurrence.

BASF n’a pas participé à cette consolidation : la société tient à son activité autonome de phytotechnie et revendique sa domination en matière d'innovation, ainsi que sa capacité à proposer plus de choix aux fermiers. Elle est également bien placée pour bénéficier des cessions forcées. L’acquisition de Monsanto par Bayer avance bien. L’émission de droits envisagée (environ 14 milliards EUR) se présente comme une occasion unique de renforcer les positions.

Air Liquide a réalisé l’acquisition d’Airgas au moment opportun. La société a été accusée de payer un prix excessif, mais l’opération pourrait se révéler plus avantageuse que prévu, compte tenu des >300 millions USD offerts par les synergies, de la solidité de l’économie américaine et de la réduction des taxes. Les investisseurs ont été bien inspirés de participer à cette émission de droits préférentiels de souscription à 76 EUR par action. Linde a repris les négociations concernant sa fusion avec Praxair, bénéficiant cette fois du soutien unanime de son conseil d’administration, suite à la nomination d'un nouveau PDG.

BASF et Solvay devraient clairement tirer parti de ses dynamiques du marché. Sous la présidence de Donald Trump, BASF, première entreprise de chimie au monde, mise sur sa domination par les coûts garantie par des opérations fortement intégrées, sur l’accent mis sur l’innovation et sur sa présence étendue et bien ancrée sur le marché (technologies, segments de marché verticaux et régions).

Solvay a amélioré la structure de son portefeuille grâce à l’acquisition de Cytec, un leader des matériaux composites pour le secteur de l’aéronautique. La société s’est rapidement défaite de ses actifs secondaires (seule son activité de polyamides cherche toujours preneur). Solvay a également mis en œuvre un plan de restructuration interne : ses réductions de coûts considérables devraient soutenir son bénéfice. Les investisseurs font preuve de pessimisme concernant les activités relatives aux matières premières de BASF et Solvay, dont ils sous-estiment l’apport de trésorerie. Si le rendement compte, les liquidités sont encore plus précieuses : elles donnent les moyens d’explorer de nouvelles pistes.

Auteur
Danny Van Quaethem 

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Données & recommandations au 19 décembre 2016

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