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Stratégie & Investissement

Comprendre la communication financière

"Il ne peut y avoir de totalité de la communication. Or la communication serait la vérité si elle était totale"
P. Ricoeur, philosophe français.

Les actions en bref

“Il ne peut y avoir de totalité de la communication. Or la communication serait la vérité si elle était totale ”
P. Ricoeur, philosophe français.

 

Les actions présentent des risques spécifiques. Pour être en mesure de réagir aux évènements, il est essentiel de suivre les flux d’informations. Un nombre croissant d’études est axé sur le contenu des comptes financiers des entreprises. Harvard a conçu un dictionnaire spécifique (The Harvard Psychosociological Dictionary) qui permet d’identifier si un texte est plutôt positif ou négatif. L’environnement réglementaire stipule que les commentaires doivent être rédigés dans un langage clair (Loi Sarbanes-Oxley de 2002) afin que les investisseurs soient en mesure de comprendre le contenu des comptes financiers sans nécessairement disposer de connaissances comptables ou financières préalables. Les investisseurs peuvent ainsi mieux cerner les activités de l’entreprise, mais la Direction dispose d’une marge de manoeuvre suffisante pour souligner avant tout les bons résultats et minimiser les menaces potentielles qui pèsent sur l’entreprise. Il a été prouvé que les rendements inattendus sont plus élevés lorsque les communiqués de presse adoptent un ton positif. De même, on constate que plus le communiqué de presse est long, plus l’impact des résultats inattendus sur le cours de l’action est faible. À la lecture des annonces publiées dans les médias (journaux, Internet etc.), il convient de faire preuve d’une extrême prudence et de tenter d’identifier les trois principaux critères suivants :

Fiabilité

Les blogs généralistes sont en plein essor, mais ils manquent de fiabilité. Les blogs spécialisés animés par des spécialistes réputés constituent de meilleures sources d’information, mais leur fiabilité n’est pas optimale dans la mesure où les commentaires reposent sur une interprétation personnelle. Les médias traditionnels devraient bénéficier d’une plus grande crédibilité ; malheureusement, les journalistes ressentent souvent le besoin de créer l’événement en étant les premiers à publier l’information ; ils sont donc susceptibles de déroger à leurs obligations de vigilance. Les organismes comme la SEC et l’AMF sont les plus fiables, mais ils ne sont pas réputés pour leur accessibilité.

Un autre aspect de la fiabilité est la capacité de la source d’information, dans ce cas l’entreprise, à tenir ses promesses. Une bonne habitude à prendre consiste à relever les prévisions de résultat communiquées par le passé par l’entreprise et à les comparer aux résultats réels. Il peut également s’avérer utile d’examiner les révisions (à la hausse comme à la baisse) des prévisions afin de déterminer si la communication est transparente ou si l’entreprise poursuit ses propres intérêts.

Contenu

L’objectif est d’identifier les informations susceptibles de peser sur le cours du titre. Il existe certains termes qu’il est important de relever. La lecture de la lettre du PDG qui figure en introduction aux comptes financiers constitue un bon exercice. Il a été montré (Karapandza, 2011) que « les stratégies d’investissement basées sur l’acquisition de titres d’entreprises publiant peu de promesses dans leurs rapports annuels produisaient d’importants rendements positifs anormaux ». Un nombre considérable d’études porte sur l’impact du contenu de ces rapports : diverses théories financières (Diamond (1985) ; Easley et O’Hara (2004)) prévoient que si l’on comparait deux actions en tous points identiques, celle qui serait assortie d’un moindre volume d’informations publiques serait considérée comme étant plus risquée et produirait un rendement positif plus important. L’opinion opposée consiste à penser qu’en fournissant de nombreuses informations, l’entreprise est en mesure de tromper suffisamment d’investisseurs pour que le cours de son titre soit surévalué.

Fréquence

Moins le message est fréquent, plus il est important. Quasiment toutes les entreprises publient des résultats trimestriels, un fait bien connu et anticipé par les acteurs du marché. Les estimations de bénéfices ont tendance à resserrer la fourchette dans laquelle les bénéfices vont évoluer bien avant la date de publication de ces résultats. Ces estimations résultent de la collecte d’informations tout au long du trimestre en question, ce qui renforce d’autant plus l’importance des informations isolées.

Enron

Le tristement célèbre scandale ENRON remonte à 2001. Dans le rapport annuel de 2000, la Lettre aux Actionnaires de quatre pages rédigée par K. Lay (président) et J. Skelling (directeur général) commence par cette phrase : « Enron a bâti des activités uniques et solides qui présentent des opportunités de croissance exceptionnelles ». Au cours des quatre pages d’autosatisfaction qui suivent, nous avons relevé des mots qui sonnent comme des avertissements. « L’étonnant succès (…) » peut vouloir dire que même la Direction était surprise et qu’elle l’admettait, ou qu’elle préférait insister sur un point susceptible de moins intriguer l’investisseur que d’autres informations. L’un des paragraphes précise que « les performances et les capacités de l’entreprise ne saurait être comparées à celles des entreprises énergétiques qui composent le groupe de référence traditionnel ». Très souvent, les entreprises se comparent à leurs concurrentes afin que l’investisseur puisse mieux comprendre le modèle en place et les avantages concurrentiels. Se qualifier de « sans égal » est une arme à double tranchant.

Tepco

Le suivi des informations relatives à un titre boursier est une activité qui prend du temps. Il ne s’agit pas simplement de relever les informations ayant un impact sur le titre (risques opérationnels, changement de personnel de direction…), il convient de suivre également les informations relatives au secteur (fusion de deux concurrents, évolution du cadre réglementaire…), les données macroéconomiques comme celles concernant les matières premières (hausse du coût des matières premières pour les uns, hausse des marges pour les autres), voire les catastrophes naturelles (séisme au Japon).

Sur le diagramme indiquant l’évolution du cours de TEPCO, il est intéressant de noter la façon dont les informations concernant Fukushima ont pesé sur le cours du titre. L’information a été annoncée le 11 mars à 14 h 30 (heure japonaise). Sur une période de 4 jours, le titre a perdu plus de 56 % de sa valeur. Dans le même temps, l’indice Nikkei 225 a reculé de plus de 18 %, ce qui indique que cette catastrophe a eu un impact sur toutes les actions d’entreprises cotées au Japon, même si elles n’avaient aucun rapport avec cet accident nucléaire ou si elles étaient éloignées du tsunami.

Roche

L’offre de Roche sur Illumina constitue un autre exemple intéressant. Cette OPA hostile a été lancée le 25 janvier 2012 à un prix de $44,5 l’action. On remarque sur le graphique que des rumeurs ont vraisemblablement circulé car le cours de l’action a augmenté sans raison apparente entre le 19 décembre et le 23 janvier. Il semble que ces rumeurs aient placé l’offre autour de $36 l’action. Roche a ensuite laissé entendre que son prix pourrait atteindre $54 l’action, ce qui explique l’envolée soudaine du cours d’Illumina (+52 %). Tant que Roche a prolongé la date butoir de son offre, le cours de l’action a évolué autour de $51. On note que dès que Roche a décidé de retirer son offre, la valeur du titre a chuté de 20 % en 4 jours.

Théorie de l’efficience des marchés

Forte efficience : toutes les informations, qu’elles soient privées ou publiques, sont déjà intégrées dans les cours par les acteurs du marché. Même les initiés ne peuvent tirer profit de leurs informations privilégiées.

Efficience semi forte : toutes les informations publiques sont prises en compte par les acteurs du marché. Les analyses techniques et fondamentales sont inopérantes. Seuls les initiés sont susceptibles d’obtenir des résultats supérieurs si la pratique est autorisée dans le pays où l’investissement est effectué.

Faible efficience : tous les cours passés se reflètent dans les cours actuels, ce qui rend l’analyse technique inopérante et laisse à l’investisseur l’analyse fondamentale et les attentes de flux d’informations positives.

En bref

Suivre les informations susceptibles de peser sur un portefeuille est une activité sans fin qui nécessite de consulter de nombreux flux d’informations et qui favorise les investisseurs en mesure de comprendre la façon dont ces informations se propagent sur les marchés. En outre, les commentaires exprimés ne doivent par être considérés comme impartiaux et sont donc susceptibles de porter préjudice aux investisseurs se fiant à la bonne foi des gérants. L’un des moyens pour l’investisseur d’éviter d’être manipulé est d’appliquer la règle de Warren Buffet qui consiste à ne pas investir dans une entreprise dont il ne comprend pas les informations publiées, car cela peut indiquer une volonté de dissimulation.