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Retenir son souffle

Dans notre Flash Update du 6 février, nous mettions en garde contre une réaction excessive à la correction boursière et recommandions de conserver une légère surpondération aux actions mondiales. Depuis, les marchés se sont stabilisés et ont même repris des couleurs. Dès lors, que doivent faire les investisseurs ?

Le contexte économique


Comme nous l’avons souligné ces derniers mois, l’économie mondiale connaît une reprise, solide, soutenue et synchronisée. En 2017, les statistiques économiques se sont souvent révélées meilleures qu’attendu et les indicateurs de confiance des ménages comme des entreprises ont retrouvé des niveaux inconnus depuis plusieurs années.
Cependant, ces dernières semaines, des données en demi-teintes ont été publiées. Par exemple, l’indice IFO de confiance des entreprises en Allemagne est ressorti en-dessous des atteintes en février comme son équivalent français publié par l’INSEE. Aux Etats-Unis, les commandes de biens durables ont reculé de 3,7% en glissement mensuel en janvier en raison de la faiblesse des ventes aéronautiques. Toutefois, d’autres statistiques (confiance des ménages aux USA, taux de chômage en Allemagne) sont demeurées plus encourageantes (source : Bloomberg, 1er mars 2018).
En définitive, nous pensons que l’accélération de l’activité observée en 2017 a ralenti et que la croissance va se stabiliser cette année, bien qu’à un niveau assez élevé.

Quelles conséquences sur la politique monétaire et les marchés obligataires ?


Nous restons convaincus d’une poursuite de la normalisation monétaire, avec trois hausses de taux aux USA cette année et la fin des achats de titres dans la zone euro d’ici début 2019.
Cette semaine, le nouveau président de la Réserve fédérale américaine (Jérôme Powell) s’est exprimé devant le Congrès et sa confiance dans les perspectives économiques américaines a conduit les investisseurs à faire converger leurs anticipations vers les projections de la Fed. Certains ont même commencé à envisager un resserrement monétaire plus rapide.
Sans surprise, cette croissance soutenue et le relèvement des taux directeurs a tiré les taux longs obligataires vers le haut ces six derniers mois. Les rendements à 10 ans américains ont clôturé à 2,89% le 27 février contre 2,12% en août. Sur la même période, les taux allemands sur le Bund à 10 ans ont progressé de 0,36% à 0,68% (source : Bloomberg, 1er mars 2018).

Que signifient des taux d’intérêt en hausse pour les fondamentaux et les valorisations des actions ?


Le contexte économique favorable a dopé la croissance des profits des entreprises. Selon le consensus IBES des analystes, la croissance des bénéfices pour les sociétés de l’indice MSCI World tous pays confondus devrait atteindre 13,1% au cours des 12 prochains mois. En effet, les prévisions ont été revues à la hausse de 4,5% au cours des trois derniers mois, en raison notamment des baisses d’impôt décidées aux Etats-Unis, principal marché de l’indice.
En revanche, dans la zone euro, la croissance des bénéfices devrait être inférieure à la moyenne mondiale avec +9,3% ces 12 prochains mois (selon le consensus IBES) et les prévisions n’ont été révisées que marginalement à la hausse ces derniers mois. En partie, cela est lié au raffermissement de l’euro, qui devrait se poursuivre selon nous. La zone euro est une économie très ouverte, dépendante du commerce international, et une devise plus forte réduit la valeur des bénéfices réalisés à l’étranger.
Cependant, les fondamentaux solides se reflètent dans des valorisations élevées. Le ratio cours/bénéfices pour l’indice mondial est supérieur de 13% à sa médiane sur 10 ans (+12% en zone euro). Et le ratio cours/chiffre d’affaires est 37% au-dessus de sa médiane (+26% pour le marché de la zone euro). Dans un environnement marqué par une hausse des taux d’intérêt, nous pensons qu’il serait imprudent d’attendre une progression supplémentaire des valorisations.

La dynamique des prix devient moins positive


La correction des marchés actions a évidement pesé sur la dynamique des marchés mais la tendance demeure positive. Cependant, un certain nombre de marchés (notamment en Europe) se sont retournés et ne montrent plus de dynamique favorable.


Et le sentiment de marché ?


Comme illustré dans notre précédent Flash Update, l’excès d’optimisme des marchés en janvier les a rendus vulnérables à la correction qui s’en est suivie.
Au cours de la baisse des prix, les mesures de sentiment des investisseurs (telles que les sondages de l’association américaine des investisseurs individuels ou les indices de volatilité implicite) ont décroché de leurs niveaux extrêmes. Cependant, le rebond des marchés a calmé les craintes des investisseurs et le sentiment demeure bien éloigné des niveaux d’excès de pessimisme qui prévalent souvent dans les creux de marché.

Tout compte fait


IA la lumière des facteurs énumérés plus haut, notre comité d’investissement s’est réuni en amont de son traditionnel meeting mensuel et sur la base des travaux du groupe actions a conclu qu’il serait justifié de ramener à neutre notre exposition sur la classe actions.
Vu les conséquences de l’appréciation de l’euro sur les profits des entreprises et la détérioration de la dynamique de court terme, nous avons choisi de mettre en oeuvre cette décision en réduisant le poids accordé aux actions de la zone euro.
Le comité d’investissement se réunira comme prévu cette semaine pour une revue complète de notre scénario et de l’ensemble des classes d’actifs au travers de notre cadre d’analyse VaMoS. La réunion se tiendra le 7 mars et les vues mensuelles seront publiées dans la foulée.
Comme de coutume, nous continuons à suivre de près l’évolution des marchés et nous vous tiendrons informé de tout changement de nos vues.

Responsable de la Stratégie d’Investissement Société Générale Private Banking
Stratégiste Société Générale Private Banking